J'ai bu du vin, des negronis et des spritz en Italie

Je dirige une compagnie bâtie autour du principe de moins consommer.
Et je viens de passer une semaine en Italie à boire un peu de vin, des negronis et des aperol spritz.
Les deux sont vrais. Un annule pas l'autre. C'est pas mal ça, le point.
Pourquoi j'étais là
J'ai été invité. Pas comme touriste. Comme partenaire d'affaires.
On travaille sur quelque chose. Un projet que je suis pas prêt à dévoiler, avec des gens qui produisent du vin pour gagner leur vie. Le genre de monde qui fait ça depuis des générations, sur des terres qui leur appartiennent depuis plus longtemps que notre pays a un drapeau.
Donc j'y suis allé. Une semaine. Et j'ai pris une décision assez rapidement: j'allais pas m'asseoir dans le coin avec une eau pétillante à prendre des notes. Ç'aurait été une insulte. On prend pas l'avion pour la Toscane pour s'abstenir.
J'allais le vivre. Au complet.
Le negroni dont ils étaient fiers
Le premier soir, quelqu'un m'a fait un negroni.
Pas un negroni de bar. Leur negroni à eux. Celui qu'ils font quand ils veulent que tu comprennes quelque chose sur l'endroit où tu es. Amer, ensuite sucré, ensuite chaud. Un zeste d'orange tordu au-dessus comme si ça comptait. Il y avait de la fierté dedans. Tu le voyais avant même de goûter.
Donc je l'ai bu. Lentement. Je l'ai goûté comme on goûte quelque chose que quelqu'un a fait de ses mains.
Le lendemain après-midi, c'était un Aperol spritz, sur une terrasse, à suer au soleil, parce que c'est ce que la table prenait et c'est ce que la chaleur demandait. Vif. Amer. Assez froid pour faire mal. Le genre de drink qui a du sens juste à cet endroit-là, à cette heure-là exactement.
Et le vin. Mon Dieu, le vin. Des rouges toscans versés par la personne qui les a fait pousser, qui me racontait ce que la pluie avait fait cette année-là, pourquoi cette bouteille était différente de celle de l'an passé, de quel versant venaient les raisins. De la poussière sur la bouteille. Une histoire dans chaque verre. J'avais déjà bu du vin cher. J'avais jamais eu du vin qui m'était expliqué par les mains qui l'avaient fait.
J'ai goûté à beaucoup cette semaine-là. Je l'ai goûté avec attention. En pleine conscience. Présent à chaque goutte.

Je n'ai jamais eu de 'feeling'
Pas une seule fois.
Pas en serrant les dents. Pas en comptant les minutes avant d'aller me coucher. Pas en faisant semblant. J'ai juste jamais franchi la ligne, parce que j'en avais pas envie.
Voici ce que personne te dit : la première gorgée d'un bon negroni et la quatrième goûtent pas pareil. La première, c'est l'expérience. La quatrième, c'est juste de l'élan. La quatrième, c'est là que t'arrêtes de goûter et que tu commences juste à boire. Où le souper devient flou. Où la conversation sur la terrasse, celle pour laquelle t'as traversé un océan, se transforme en brouillard que tu vas essayer de deviner le lendemain.
J'ai vécu cette version-là. Pendant des années, c'était ça, la version. Boire tout ce qui est devant moi. Perdre la deuxième moitié de chaque soirée. Me réveiller à 6h la bouche sèche, avec un trou là où il y avait une soirée.
Pas ce voyage-là.
J'ai pris le negroni. J'ai sauté le deuxième. J'ai goûté le vin. J'ai laissé la moitié du verre. Je suis resté sharp à travers chaque souper, chaque marche, chaque conversation tardive sur une terrasse où le vrai travail se fait pour vrai.
J'ai eu l'expérience complète. J'ai juste pas payé la facture au complet.
Et ça. Ça faisait plus de bien que n'importe quel buzz.

Ç'a jamais été une question de jamais
Le monde pense que diminuer, ça veut dire tout arrêter. Que si tu bâtis une marque autour de boire moins, tu dois serrer les dents à chaque souper, malheureux en secret.
C'est le contraire. T'as pas besoin de faire un Dry January complet pour gagner à ce jeu-là. Le but a jamais été zéro. Le but, c'était le contrôle. Choisir. Connaître la différence entre j'en ai envie et c'est juste devant moi.
Un negroni fait par quelqu'un qui en est fier, dans un voyage qui compte, avec du monde que je respecte ? Ça, c'est un oui. Un troisième verre automatique à un souper dont je me souviendrai pas ? Ça, c'est un non. Je suis capable de faire la différence maintenant. Quatre ans plus tard, ce réflexe-là fait juste partie de moi. Pas à cause de règles. À cause de l'expérience.
L'Italie a pas testé ma volonté. Elle a prouvé que toute l'affaire fonctionne.
Je suis revenu avec tout ce pour quoi j'étais parti. Les relations. Les conversations. Le goût d'un vin auquel je vais penser pendant des années. Et la tête claire tout le long.
C'est ça, le deal. Garder l'étincelle. Perdre les dégâts.
Encore le meilleur deal que j'ai jamais fait.
SP.

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