Plaisir coupable, non coupable : le mimosa du dimanche

by Simon Poulin

Quand j'ai changé ma façon de boire, je pensais que le dur, ça serait les sorties. Ça l'était pis ça l'était pas en même temps.

Une des affaires qui me manquaient pour vrai, c'était le mimosa du dimanche. Pis je veux dire manquer pour vrai. Je suis Québécois, ça fait que le brunch, c'est pas un repas, c'est une religion! J'ai vécu cinq ans à Toronto pis ça commençait tranquillement à devenir une mode là-bas, mais rien à voir avec chez nous. Honnêtement, si ça ne dépendait que de moi, je bruncherais chaque dimanche de ma vie. Un départ tard, le monde que j'aime autour de la table, un verre qui se faisait remplir sans que personne regarde l'heure... C'est là, ma place heureuse. Il n'y a pas de meilleure façon de finir une semaine pis de partir la suivante. Très quétaine, je sais. J'adorais ça, pis quand j'ai arrêté, c'est la seule boisson qui m'a vraiment, vraiment manqué. Dans ma tête, le brunch venait juste avec un mimosa dans la main. L'un n'existait pas sans l'autre.

C'est fou comme on attache des émotions à des affaires sans même s'en rendre compte. Une boisson devient un feeling, un feeling devient une habitude, pis avant que tu t'en aperçoives, les deux sont soudés ensemble. C'est ça que personne ne te prévient. Arrêter la boisson, c'est une chose. Reprogrammer le feeling, c'est ça le plus dur.

Ce qui me manquait vraiment

Voici l'affaire : un mimosa, c'est surtout du jus d'orange! Ça n'a jamais été pour le buzz. Même pas proche. Ce qui me manquait, c'était tout ce qu'il y avait autour. Les gros rires, le deuxième (OK, troisième) café, les assiettes que personne ne se donne la peine de ramasser, les histoires qui deviennent meilleures chaque fois que quelqu'un les raconte, ce feeling que tout l'après-midi t'appartient pis que personne n'est pressé de partir. C'était ça, la magie.

Mais mon cerveau avait tout câblé ensemble. Brunch voulait dire mimosa, mimosa voulait dire brunch. Ça fait que sans vraiment le décider, j'ai commencé à sauter le brunch en douce pour éviter la boisson. À dire « peut-être la prochaine fois » un peu trop souvent. À me trouver quelque chose de « plus productif » à faire. À me dire que c'était pas grave. C'était grave. Le pire trade que j'ai jamais fait. Mes dimanches sont devenus plus petits, plus tranquilles, un peu gris, pis je ne m'en suis même pas aperçu avant de vraiment, vraiment m'ennuyer d'eux.

Pis voici ce que je dirais à n'importe qui qui vit la même affaire : tu vas penser que t'es correct de voir le monde un peu moins. Tu l'es pas. S'il te plaît, ne te fais pas ça. On est faits pour la connexion. Il y a une étude de Harvard qui a suivi des gens pendant plus de 80 ans, pis le meilleur prédicteur d'une vie heureuse, c'était pas l'argent ni le succès. C'était les relations. Le monde autour de ta table. Ça fait que garde le brunch. Garde ta gang. Garde tes dimanches. Change juste ce qu'il y a dans le verre.

Le remplacement

J'ai essayé tous les remplacements habituels pis, honnêtement, ils étaient tristes. Du jus d'orange tout seul? Table des enfants. De l'eau pétillante avec une goutte de jus d'orange? Correct. Pis « correct », c'est justement ça le problème. Pis un dimanche, je suis arrivé avec une bouteille de mousseux sans alcool, je l'ai complétée avec du jus d'orange, mêmes flûtes, même table, même monde... pis c'était juste redevenu un brunch. Même pétillant, même tchin, même « OK, un dernier ». J'étais assis là à sourire comme un cave, parce que celui-là, je l'avais rayé pour de bon.

Mon go-to pour les mimosas, c'est le Loxton Sparkling Brut : vif, sec, pis doux pour le portefeuille. Envie de te gâter? L'Oddbird Blanc de Blanc, c'est celui que je verserais pour le premier toast.

Voici ce sur quoi je reviens tout le temps. Presque rien de ce que je pensais abandonner, ce n'était vraiment la boisson. C'était ce à côté de quoi la boisson se trouvait, un moment que je lui avais tranquillement cédé. Regarde comme faut pis l'alcool, c'est rarement la partie qui te manquerait. Il est juste arrivé en premier pis il a pris tout le crédit. Enlève-le, pis la plupart du temps le moment est encore là, à t'attendre.

Ce n'est pas le mimosa qui me manquait. C'est le dimanche. Pis le dimanche, ça n'a jamais été le boutte que je devais lâcher.

SP.

P.-S. Si t'as 10 minutes cette semaine, écoute ce talk TED de Robert Waldinger, le directeur de cette étude de Harvard. C'est un des talks TED les plus vus de tous les temps, pis honnêtement, ça a changé ma façon de voir mes dimanches. Écoute-le, pis texte quelqu'un pour organiser un brunch. 🥂

Simon Poulin, fondateur et PDG, Upside Drinks


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