Le moment où j'ai cessé d'expliquer

1 commentaire by Simon Poulin

Pendant longtemps, quand je ne buvais pas, j’avais l’impression de devoir l’expliquer.

Pas fort.
Pas sur la défensive.
Juste assez pour que ce soit confortable.

« Je fais une pause. »
« Grande journée demain. »
« Je conduis. »
« Je prends des médicaments. »
« J’en prendrai un plus tard. »

Rien de dramatique. Mais jamais rien.

Même quand personne ne demandait. 

C’est la partie que j’ai mis du temps à remarquer. La plupart des gens ne me mettaient pas la pression.

Quelques personnes l’ont remis en question au début.
Puis ils sont passés à autre chose.

Certaines relations ont changé. Certaines se sont dissipées. Mais les importantes ont restées.

Personne ne comptait mes verres. Personne n’était offensé.

Les explications étaient surtout pour moi.

La pression silencieuse

Quand les gens parlent de la pression sociale autour de l’alcool, ils imaginent souvent quelque chose d’évident.

Quelqu’un insistant.
Quelqu’un de tannant.
Quelqu’un qui te pousse à remplir ton verre.

C'était pas pas mon expérience.

La pression était plus discrète.

C’était le sentiment que ne pas boire demandait une raison.
Que choisir différemment nécessitait un contexte.
Que je devais rendreles choses plus 'smooth' avant qu’elles ne deviennent gênantes.

L’alcool n’était pas juste une boisson.
C’était un signal.

« Je suis facile. »
« Je fais partie du groupe. »
« Je ne veux rien manquer. »

Expliquer mon choix semblait garder ce signal intact.

Ce que je pensais protéger

Je me disais que j'étais poli.

Je ne voulais pas rendre les choses bizarres.
Je ne voulais pas attirer l'attention.
Je ne voulais pas que quelqu'un se sente jugé.

Tout était raisonnable.

Mais en dessous, il y avait autre chose.

Je n'assumais pas encore mon choix entièrement.

Alors je l'ai rembourré.
Je l'ai adouci.
Je l'ai enveloppé de raisons.

L'ironie, c'est que plus j'expliquais, plus l'alcool prenait de la place dans la pièce, même quand je n'en buvais pas.

Le moment où cela a changé

J'ai arrêté d'expliquer.

Pas de préambule.
Pas de justification.
Pas de promesses pour l'avenir.

Juste :
« Non merci. » ou « Ça va, merci. »

Et puis j'ai attendu.

Rien ne s'est passé.

Pas de tension.
Pas de silence gênant.
Personne ne s'en souciait.

La conversation est passée immédiatement à autre chose.

C'est là que j'ai compris.

La pression n'était pas externe.
C'était interne.

Ce qui a changé quand j'ai arrêté d'expliquer

Une fois que j'ai arrêté d'expliquer, d'autres choses sont arrivées.

J'ai arrêté de me soucier de savoir si mon verre semblait vide pour ne pas avoir de remarques.
J'ai cessé d'avoir l'impression de faire quelque chose d'inhabituel.

J'ai aussi remarqué autre chose.

Quand je choisissais de boire, ça emblait plus clair.
Moins chargé.
Moins symbolique.

Ce n'était plus une déclaration.
Juste un choix.

Ce que j'ai appris

La plupart des gens n'ont pas besoin d'explication.

Ils ne regardent pas aussi attentivement que nous le pensons.
Ils ne tiennent pas le score.
Ils n'attendent pas pour juger.

La plupart du temps, ils sont juste curieux.
C'est différent de ce qu'ils font, eux. Alors ils le remarquent.
Ça peut les confronter. Ils posent des questions. Puis ils passent à autre chose.

La pressions, nous nous la mettons généralement nous-même.

Expliquer peut sembler apaiser le moment.
Mais parfois, c'est par paresse et évitement.

Et une fois que vous réalisez ça, vous envisagez une nouvelle option.

Vous pouvez boire.
Vous pouve ne pas boire.

Vous n'avez pas besoin de justifications.

Pourquoi c'était important d'arrêter de me justifier

Arrêter les explications ne m'a pas rendu rigide.

Ça m'a rendu plus calme.

J'avais moins de débats internes.
Moins de moments à me demander si je faisais ça "bien".

Mes choix prenaient moins de place parce qu'ils n'avaient pas besoin d'être défendus.

Cet espace est revenu à la conversation.
Vers les gens.
Vers la soirée elle-même.

Le vrai changement

Boire moins n'était pas le plus grand changement.

Faire confiance à mon choix l'était.

Une fois que j'ai fait cela, le reste a suivi naturellement.

Pas de règles.
Pas d'étiquettes.
Pas de discours.

Juste moins d'explications.

Et beaucoup plus de facilité.

SP.


1 commentaire


  • Marie-josee Romano

    Thank you for putting into words what I’ve been feeling and experiencing since I quit alcohol 2 years ago. I still wanted to participate in social activities and I always bring my own bottle of nonalcoholic beverages. I also found that all my friends and family were very supportive and surprised I changed so quickly from one day to the next but having the option to still enjoy a good wine with food made all the difference.
    Also I love how my wine is well packaged when it’s sent to me.
    Thank you for sharing
    MJ
    ———
    Upside Drinks replied:


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