Quoi commander au bar pour que personne pose de questions

by Simon Poulin

Le verre, ça n'a jamais été le plus dur. C'est la conversation autour du verre qui l'était.

Tu commandes quelque chose sans alcool et quelqu'un te lance "pas de verre ce soir?" Là, tu te retrouves à te justifier dans un party où tu voulais juste avoir du fun. Ou tu craques et tu prends la bière, juste pour que la table passe à autre chose. Ça, c'est la taxe sociale, et c'est la vraie raison pour laquelle bien du monde boit quand au fond ils n'en ont pas envie.

Voici donc l'antisèche. Quelques options à commander qui te donnent zéro question de suivi.

Le fun: demande un mocktail au barman. Pas le genre triste canneberge et soda. Un vrai, avec des bitters, des agrumes frais, quelque chose de vraiment monté. Les bons bars adorent en faire, c'est une chance de se montrer, et tu repars avec le plus beau verre de la table. C'est fou comme personne ne questionne la personne qui tient le plus beau verre.

Le facile: une bonne bière sans alcool. Le moindre effort du lot. Beaucoup de bars en gardent au moins une bonne au frigo maintenant, et dans une bouteille, personne ne voit la différence. Tu pointes, tu reçois une bière, tu te fonds dans le décor. Pas de montage, pas de conversation, pas de réflexion.

Le souper: un verre de vin sans alcool. Plus d'endroits en offrent que tu penses, surtout là où la bouffe est prise au sérieux. Mon choix, c'est toujours un vin tranquille plutôt qu'un mousseux. Les non pétillants imitent le mieux le vrai. Tu as le même corps, la même structure dans le verre, et à table, un verre de rouge ou de blanc, c'est la commande la plus invisible qui existe. Personne ne le remarque. Personne ne demande.

Le plan B: soda, lime, grénadine, verre court. Quand le bar n'a rien de bon, ça ne rate jamais. Demande-le dans un verre court plutôt qu'un grand et ça passe pour un vodka soda aux yeux de quiconque jette un coup d'oeil. 4$, les mains pleines, zéro question.

Et ça m'amène à l'affaire qui compte plus que ce qu'il y a vraiment dans le verre.

Aie juste quelque chose dans les mains.

Je peux presque vous le garantir: les soirs où je tiens un verre, n'importe lequel, je reçois pas mal moins de commentaires que les soirs où je suis là les mains vides. Une main vide, ça se lit comme "je ne participe pas", et c'est ça qui fait que le monde te pousse. Une main pleine, ça se lit comme "c'est déjà réglé". Que ce soit un mocktail, une bière sans alcool ou un soda à deux dollars, ça ne change rien. Le verre parle à ta place, et toi tu n'as plus à le faire.

Et là, il y a le dernier morceau, celui qui m'a pris pas mal trop de temps à comprendre.

Le vrai move, ce n'est pas le verre. C'est la façon de le commander.

"Soda, lime, beaucoup de glace" dit avec assurance, ça revient avec rien. La même commande dite avec une petite gêne dans la voix, ça revient avec vingt questions. C'est l'hésitation qui invite la conversation. L'assurance, elle la ferme avant même qu'elle commence. Le monde se fie à toi, alors si tu n'es pas bizarre avec ça, ils ne le seront pas non plus.

Et voici l'affaire que personne ne te dit. Après la troisième fois, tu arrêtes de te soucier que quelqu'un demande ou non. Le verre parfait, ça n'a jamais été le but. Le but, c'était de réaliser que la question n'a jamais été si grosse que ça, et que la plupart du monde oublie ta réponse une seconde après que tu l'as donnée.

Alors choisis ta commande. Commence par le mocktail, garde le soda en réserve. Aie quelque chose dans les mains. Et surtout? Commande-le comme si c'était la chose la plus normale au monde.

Parce que ça l'est.

SP.

Simon Poulin, fondateur et PDG, Upside Drinks


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