L'hôte qui n'a plus à choisir

Il y a quelques années, recevoir des invités voulait dire deux courses différentes. Une pour ceux qui boivent, une autre pour ceux qui ne boivent pas. Une caisse de bière et de vin, puis, discrètement, de l'eau pétillante pour le reste.
Personne ne se plaignait. Mais l'hôte s'en rendait toujours compte. Quelqu'un se sentait comme une réflexion après coup.
Cette contrainte a disparu.
LES CHIFFRES QUI ONT CHANGÉ
Le changement se confirme dans les données d'achat. Selon les données consommateurs de l'IWSR, la majorité des personnes qui choisissent une boisson sans alcool lors d'une occasion donnée n'invoquent aucune raison particulière. Ni la santé, ni la sobriété, ni le fait de conduire. Simplement une préférence. Le rayon sans alcool n'est plus construit autour d'un client qui a renoncé à quelque chose. Il est construit autour d'un client qui veut des options.
L'offre a rattrapé cette demande. Il y a cinq ans, le rayon sans alcool dans la plupart des épiceries canadiennes proposait une poignée d'options : une eau pétillante, quelque chose de gazeux, peut-être une bière sans alcool. Aujourd'hui, le même rayon couvre des formats distincts : vins, bières, spiritueux, RTD, boissons fonctionnelles. Assez de profondeur pour composer une vraie sélection.
En clair : l'hôte peut maintenant préparer une offre réfléchie qui convient à tout le monde à table. Le problème des deux courses est réglé.
QUI EST VRAIMENT À VOTRE TABLE
Dans un groupe de huit personnes, le calcul est simple. Statistiquement, quelqu'un doit conduire pour rentrer. Quelqu'un est enceinte ou en projet de l'être. Quelqu'un prend un médicament. Quelqu'un n'a tout simplement pas envie de boire ce soir, sans raison particulière à justifier.
Ces invités ont toujours été là. Ce qui a changé, c'est ce que l'hôte peut leur proposer. Non pas un verre d'eau accompagné d'excuses, mais quelque chose qui a pleinement sa place sur la table, au même titre que tout le reste.
LA CONVERGENCE
Le changement le plus significatif concerne les personnes qui boivent de l'alcool. Un verre de pétillant sans alcool lors d'un dîner n'est plus un choix par défaut. Une bière sans alcool prise dans la même glacière que les autres se lit comme une préférence, pas comme une exception.
L'invité en a pris parce que ça lui semblait bon. Il en a acheté lui-même la semaine suivante.
Cette boucle, l'essai lors d'une réception puis l'achat répété à la maison, c'est ainsi que les catégories prennent de l'ampleur. L'hôte qui l'avait prévu a lancé le mouvement.
LE VERDICT
Le rôle de l'hôte a toujours été le même : s'assurer que tout le monde à table se sente inclus. Pendant des années, cela signifiait composer avec un vide que l'industrie n'avait pas encore comblé. La catégorie sans alcool l'a finalement comblé.
L'occasion n'a jamais été une question de qui boit. Elle a toujours été une question de rassemblement. Maintenant, tout le monde peut rester à table.

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