Le bar ouvert n'a jamais été gratuit

by Simon Poulin

Deux mariages ce mois-ci. Le mois d'août fait ça.

Deux open bars.

Pis aux deux, le même petit calcul se met à rouler dans le fond. Le bar est gratuit, fait que chaque verre que tu commandes pas a l'air de quelque chose que tu laisses derrière.

Un verre d'eau à un open bar, ça a presque l'air bête. Comme refuser quelque chose qui est déjà payé.

Ça fait des années que je ressens ça.

Je l'ai juste jamais vraiment remis en question.

Le bar change les maths

Un open bar, c'est généreux. Quelqu'un l'a payé.

Mais une fois que c'est payé, quelque chose change. Le verre arrête d'être juste un verre. Il est déjà là, déjà payé, à t'attendre.

Mets exactement le même monde à un bar payant pis les maths changent. Tu paies pour ce que tu veux, pis quand t'as fini, t'arrêtes.

Même salle. Même monde. La seule affaire qui a changé, c'est qui a payé.

Pis d'une manière ou d'une autre, ça change si sauter le prochain verre a l'air d'un choix ou d'une affaire que tu laisses derrière.

C'est ça, la partie que je trouve intéressante.

T'as pas nécessairement décidé que tu voulais un autre verre. T'as juste décidé que tu voulais pas gaspiller quelque chose de gratuit.

Ces deux affaires-là peuvent avoir l'air du même choix pendant quelques heures.

C'est pas le cas.

Laisse pas d'argent sur la table

J'utilise cette expression-là tout le temps en business.

Laisse pas d'argent sur la table.

S'il y a de la valeur qui traîne là, prends-la. Pis à un open bar, c'est facile d'appliquer exactement la même logique.

Le prochain verre est juste là. Il est déjà payé. Pourquoi tu le prendrais pas?

Pendant longtemps, c'est pas mal de même que je voyais ça.

Mais je faisais juste la moitié du calcul.

Parce que le prochain verre est peut-être gratuit.

Demain l'est pas.

Deux mariages

Fait que ce mois-ci, j'ai fait le calcul différemment.

Deux mariages. Deux samedis.

Il y a quelques années, j'aurais probablement embarqué pas mal fort aux deux. Pis j'aurais eu du fun en masse.

Mais je sais aussi ce qui venait avec, d'habitude. Des bouts de soirée que je me rappelais pas vraiment. Un dimanche où j'étais pas vraiment là. Pis quand t'as des enfants, perdre un dimanche de même, ça commence à coûter pas mal cher.

Après, un autre mariage pis la même affaire encore.

Pis c'est pas des soirées random.

C'est des mariages. Du monde que j'aime qui se marie. Des soirées que je vais probablement me rappeler pis dont je vais parler pendant des années.

À un moment donné, j'ai réalisé que j'étais tellement concentré à retirer tout ce que je pouvais de l'open bar que je pensais pas à ce que je voulais vraiment retirer du mariage.

Je suis pas là pour l'open bar.

Je suis là pour le mariage.

Fait que là, je fais ça autrement

Je bois encore. J'en prends un ou deux. Des vrais verres que je veux pis que j'apprécie pour vrai.

Pis quand je sens que je suis correct, j'arrête.

Ça a l'air simple. Mais un open bar rend pas toujours l'arrêt facile.

Il peut y avoir quarante sortes d'alcool derrière le bar. Bière, vin, cocktails, spiritueux.

Pis là tu décides que tu veux pas un autre verre d'alcool, pis d'un coup les options deviennent pas mal limitées.

De l'eau. Du pop. Peut-être un club soda avec une lime.

J'ai toujours trouvé ça intéressant.

La seule place conçue pour te donner des options toute la soirée en a soudainement pas beaucoup la seconde où tu décides que tu veux pas d'alcool.

Mais je laisse plus ça changer la décision.

Je prends ce que je veux. Pis je continue ma soirée.

J'avais les maths à l'envers

Pendant longtemps, je pensais que rentabiliser mon argent, ça voulait dire prendre un autre verre.

Astheure, je pense à ce que je ramène vraiment de la soirée.

Les conversations. Les discours. La danse. La fin de la soirée.

Pis le lendemain matin.

Je dis pas que tout le monde devrait faire la même chose. Ça m'intéresse pas de dire à personne combien il devrait ou devrait pas boire.

J'ai juste réalisé ce qui marche mieux pour moi.

L'open bar a jamais vraiment été gratuit.

La facture arrivait juste le lendemain.

Pendant des années, j'étais tellement concentré à pas laisser d'argent sur la table que je réalisais pas ce que je laissais vraiment derrière.

Finalement, je regardais la mauvaise table.

SP.

Simon Poulin, fondateur et PDG, Upside Drinks


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