Je lis chaque critique une étoile. Voici ce que j'ai appris.

by Simon Poulin

Je lis chaque critique une étoile qu'on reçoit.

Chacune d'entre elles.

Je lis les cinq étoiles aussi. Elles comptent. Une bonne critique me dit ce qui marche, ce pour quoi les gens sont revenus, ce que je serais fou de changer.

Alors ce n'est pas une histoire d'ignorer les compliments.

C'est que la critique avec laquelle je m'assois, celle que je garde ouverte dans un onglet, c'est presque toujours la une étoile.

Pas parce que les bonnes sont vides.

Parce que la mauvaise est la seule critique qui me confie une tâche.

Ce que j'ai arrêté de faire

Au début, je lisais les mauvaises sur la défensive.

À la recherche de l'injuste.

De celle qui se trompe.

De celle que je pouvais écarter.

« Ils ne l'ont pas mise au frais. »

« Ils s'attendaient à de l'alcool. »

« Ils ont noté la livraison, pas la boisson. »

Ça faisait du bien de les classer. Ça les gaspillait aussi.

Alors j'ai arrêté de chercher la raison de les ignorer.

Et je me suis mis à lire chacune comme si elle avait raison.

Les deux sortes

Une fois que j'ai fait ça, les critiques une étoile se sont séparées nettement en deux piles.

La première pile : « Ce n'est pas pour moi. »

Quelqu'un voulait l'effet. Quelqu'un voulait retrouver son ancienne boisson. Quelqu'un a essayé un vin sans alcool en s'attendant au vin, et a découvert l'honnête vérité que ce n'est pas la même chose.

Ce n'est pas un défaut. C'est un malentendu.

Je ne peux pas corriger un malentendu. Je peux seulement être plus clair sur ce que la chose est vraiment, pour que moins de gens arrivent en attendant autre chose.

La deuxième pile : « Vous m'avez déçu. »

C'est celle que je cherche.

Celles que je cherche

Une canette éventée.

Un goût qui promettait plus qu'il n'a livré.

Une boîte arrivée tiède, ou en retard, ou cabossée.

Ce ne sont pas des opinions. C'est nous, qui n'avons pas fait notre travail.

Une critique cinq étoiles me dit où on en est. C'est réel, et je ne le tiens pas pour acquis.

Mais les changements, les vrais, commencent presque toujours dans une une étoile. La recette qu'on a retravaillée. L'emballage qu'on a changé. Le transporteur qu'on a laissé tomber.

Les compliments te disent quoi protéger. Les plaintes te disent quoi bâtir.

Pourquoi je continue de les lire

Voici la partie que je n'attendais pas.

Une critique une étoile est un cadeau.

C'est quelqu'un qui a été déçu et qui a quand même pris la peine de nous dire pourquoi. Il n'était pas obligé. La plupart ne le sont pas. La plupart partent, ne reviennent jamais, et ne disent pas un mot.

Le silence, c'est la critique dont on ne peut rien apprendre.

Le paragraphe fâché, lui, pointe au moins la porte par laquelle quelqu'un est sorti.

Ce que ça m'a appris

Je carbure au besoin de savoir où est la limite. Où on manque le coup. Où se trouve la ligne honnête.

Les bonnes critiques me disent où on en est aujourd'hui.

La une étoile me dit où on n'en est pas encore.

J'ai besoin des deux. Une seule me garde en mouvement.

Alors je les lis toutes.

Pas parce que ça fait du bien.

Parce que c'est là que se cache la prochaine version de nous.

Continuez de les envoyer. Cinq étoiles, une étoile, peu importe, du moment que c'est vrai.

Je les lis. Toutes.

SP.


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